rêve

Je traversais des domaines plus grands et plus verts les uns que les autres. Je passais des champs aux vignes, des vignes aux chemins débouchant sur des prairies. Des prairies menant à la route. Ces terres que j’avais déjà foulées douze ans plus tôt, que j’avais connues, je les parcourais aujourd’hui comme si elles m’étaient étrangères.
Je me rappelle la brume dans les coteaux le matin très tôt, à l’arrière de la voiture le front contre la vitre.
Il y avait eu cette fête, un genre de bal avec de hauts tabourets le long d’un comptoir. Je me souviens être allongée sur une banquette, plus loin, la tête posée sur les genoux de ma mère. Il était tard et malgré ses caresses répétées partant de ma tempe, coiffant mes cheveux derrière mon oreille, mes yeux restaient ouverts captés par les lumières enfumées.
Je me souviens de sa chevelure noire montée en chignon à mi-hauteur.
De l’encolure de son pull offrant sa nuque dégagée où de ns cheveux échappés de sa coiffure ondulaient. Je ne sais plus si c’est l’espace entre son cou et son col qui avait amené mon oeil à l’observer. J’étais fascinée par sa posture droite sur ce tabouret haut. Les coudes posés sur le comptoir, les mains baignées dans les lumières dessinaient le mouvement de ses paroles dans la fumée des cigarettes. Je me souviens l’avoir désiré.
Dans ma marche je me suis imaginée chercher cet homme, aujourd’hui.
Je revenais dans ce village où j’avais passé des vacances, je ne retrouvais rien de ce lieu pourtant déjà visité, il me semblait reconnaître les murets de pierres délimitant la place, où j’avais pu m’asseoir par ennui, attendant la n d’une conversation entre mes parents et des passants.
J’avançais dans les rues du bourg, le souvenir de cet homme se précisait, se répétait en butant sur les traits de son visage, les personnes qui l’entouraient, le reste du décor, le hors-champ de cette image que mes yeux cadraient sur lui. Il me fallait le retrouver avant la n de mes vacances.
Il ne me reste rien ce matin, seulement ce sentiment d’avoir aimé quelqu’un.